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Un aller simple pour la réalité ( Le Rouge, je vous laisse libres de vous exprimer moi j'ai peur T.T)

Un aller simple pour la réalité ( Le Rouge, je vous laisse libres de vous exprimer moi j'ai peur T.T)
Elle a raté le ticket, c'est encore pire que de rater le train, parce que le train il s'envole pas. Des tickets assaisonnés à toutes les sauces, d'une recette maladroite qui tire un sourire quand on y pense, à la soupe à la grimace beaucoup trop salée. L'addition pourrait se résumer sobrement : rester à jeun peut rendre ivre de vivre. Mais elle l'ignore, elle, c'est la personne que l'on croise dans les transports, le front collé à la vitre et qui semble sourire béatement à la platitude du tunnel et se cloisonne dans ses songes. Elle s'en fiche, elle voyage, les tickets s'envolent derrière elle et elle cache le manque d'amour sous un manteau de rêves. elle s'enfonce dans une vie aussi parallèle à la réalité que le métro qui telle une carcasse vide, s'enfonce dans l'obscur. On l'appellera Julie parce que son histoire, comme la prononciation du phénomène, commence par une moue pour se terminer sur un sourire.
Avant, le calme, les champs, les vaches. Un terroir à faire pousser l'ambition d'une vie plaquée pollution, de marque urbaine, bien sûr. Le manque de foule, le luxe d'espace, une raisonnable envie d'envol et Julie débute en atterrissage forcé la vie à une. Mais, nichée dans un coin de métro, Julie ne vit pas, elle dessine. De ses yeux. La masse humaine pour le peu qu'elle l'inspire se reflète en personnages burlesques dans les mondes imaginaires auxquels elle s'abandonne. Yeux fermés : un manège rural fonçant droit dans un lac, porte du monde souterrain. Yeux ouverts : la main qui se crispe, s'agite et longe avec hésitation le carton à dessin. Un clic et hop l'idée s'envole. Julie perdue. Le feu est rouge, sa créativité est au stop. L'agitation de la grande ville, les musées, la nausée humaine, tant de muses à approcher, à goûter qu'elle a le tournis du coup de crayon. « Vous avez un truc, un quelque chose à revendre, une imagination débordante, mais il vous manque une touche de dynamisme, d'empreinte de vie ». Vie, dynamisme, Julie préfère contourner les mots pour tourner sans réfléchir dans un bocal d'idées fictives. Sa timidité transparente fait bien pâle figure à côté de l'insolente coloration de ses toiles. Mais cachées dans un sweat aussi délavé que sa motivation, des idées se déroulent devant elle comme les stations sans en trouver une convaincante. Depuis combien de temps est-elle assise, les mimiques esquissées de son carnet ne s'en vanteront pas.
Juste une touche, juste un brin de folie, de folie humaine. Il faudrait sortir de l'état poisson, la passivité intérieure qui fait pêcher son travail. Un appât à l'inspiration pour gratter, frotter, salir les mains, suer d'effort créatif, cesser de rester collée à ne rien produire qu'un ploc intérieur. La critique a piqué, elle a tiqué, a pris ses clics et ses clacs et quitté le cours avec fracas. Pas de vie, pas d'envie, déblayer la neige de la page blanche s'avère une affaire personnelle. Mais face à elle, elle sent qu'on l'observe.
Elle hausse un sourcil tandis que l'autre reste encore à paresser dans le froid de la vitre. Du rouge interrompt sa conversation muette avec l'extérieur. En tournant le regard du côté réel, une écharpe, rouge. Un signal d'avertissement, des portes qui commencent à se fermer, une grande silhouette qui se sauve, un être humain qui a oublié son écharpe. Le courant d'air témoin de l'envol de quelques croquis la pousse à se réveiller. Connexion immédiate au réseau réalité qui se presse comme les gens qui affluent dans son wagon de pause accablée. Descente immédiate, écharpe en main, croquis critiqué disparu et feu vert allumé.
L'air est glacé, l'idée absurde et la personne inconnue, sans rappeler que ses pieds n'ont jamais touché terre. Julie esquisse un pas de mémoire immédiate : n'était-ce pas un grand sourire dans le reflet, un jeune homme au regard tourné vers des prétentions de croquis ?Ou n'était-ce que son imagination défaillante ? Et le confort passé de l'oisive promenade fictive, gommé par une rustre dame à plumes qui s'indigne qu'une jeune blondinette à noms d'oiseau se niche dans le passage. A oui, c'est elle, les valises sous les yeux, égarée dans une station, avec pour seul repère un tissu rouge et en guise de guide des courants d'idées sauvages.
Elle chancelle, cherche consistance dans un monde qui ne prend pas le temps de la remettre sur pieds. La douleur lui fait voir rouge, mais elle s'appuie sur la cible à atteindre. Alors, au loin, une grande silhouette, un clin d'½il encourageant, et à ses pieds, un morceau du croquis barbouillé, témoin du manque de vie. Autant écraser les vestiges de papier pour trottiner vers une nouvelle sortie.
Au carrefour des sorties, elle s'immobilise, un groupe jazz entame un nouveau morceau vers la première sortie qui se présente. Mais pas n'importe quel morceau, ils entament de lui présenter, sourire goguenard aux lèvres, un morceau de son sous-chef d'½uvre. Le grand Poucet la laisse cueillir ses pétales de rancune dans un environnement en pleine croissance humaine, bien. Mais curieusement avec cette nouvelle quête en tête, le c½ur de la foule de l'effraie pas. Elle joue même à la compétition sur l'escalier de fer, à qui mordra en premier la blancheur du ciel parisien. Une fois sortie du ventre du métro, elle digère son renfermement intérieur pour être attentive à ce qui l'entoure. Le sol glissant est clairsemé d'infimes traces espacées de son sauveur, elle laisse aller son regard sur les défilés de bérets, les claquements de bottes hors de saison comme de prix, et frôle même de prêt un ours matérialisé en manteau pour l'occasion. L'atmosphère est de plus en plus vivante, elle avait bien cru entendre que Paris est une ville de « tapas » , de pas en pas, au rythme des accents chantant, des mixages de couleur elle se berce de « tapas dix euros », « tapas une cigarette », « tapas envie d'une tour Eiffel » et fait des pas de côté pour laisser une horde de tapas derrière elle. Plus loin, voyage asiatique au sein des cliquetis de photos et d'accent poli qui demandent d'immortaliser un instant dans la plus belle ville du monde. Julie rit, depuis son arrivée elle se contente d'un menu metro fac boulot dodo, sans réserver de ticket pour visiter, l'épuisement dû à la flemme artistique l'a mise au régime culturel.
Vers la grande dame de fer, un embouteillage humain. Pouf, un enfant sur le derrière, à ses pieds qui, trop heureux de son nouveau porte clef n'a pas vu les petites jambes dans le décor d'après-midi. Elle rit aux larmes de l'enfant, qui lui rit de voir une petite blonde aux yeux rêveurs lui faire des grimaces dignes d'un dessin animé. Flattée de son nouveau statut de frimousse à risette, elle trottine, plus que jamais en voie d'ancrage au monde alentour. Mimée par ses camarades de passage sur le trottoir, elle hausse le nez au nuage de flocons, rideaux du spectacle à venir de la tour de fer. Souriant sans savoir à la majesté de l'½uvre, elle croise et partage l'entrain de qui peut comprendre la hauteur du travail humain, toutes les langues se joignent à l'unisson dans les yeux des rêveurs.
Mais le vent tourne aussi vite que ses pieds, enguirlandés dans la parade amoureuse de deux chiens en laisse qui l'entourent et la déroutent dans sa contemplation. La voilà, gloussant à dents dévoilées à sa nouvelle gourmandise qu'est l'abus de l'instant. Le passage piétions est bordé de papiers volés découpés, entraînés dans la course folle des voitures en attendant le repos du feu rouge. A l'éveil du feu vert, elle s'anime devant l'extinction de toute confiance chez la vieille dame aux pigeons à bâbord qui hésite à prendre le large de l'autre côté de la mer de houle frigorifiée. Julie, mât de fortune part à l'abordage de la place d'en face, à son bord une petite dame au sourire plus ensoleillé que naufragé. Arrivée à bond port, elle se plante en petite fille devant le manège à souvenirs, carton à dessin avalant toute proposition animée, caressé par l'écharpe qui désormais ne la lâche plus dans son parcours.
Si ces derniers temps le moral de Julie s'apparentait aux chevauchées verticales et horizontales des animaux de bois, toujours de manière circulaire sans choix possible de courir dans la course folle de la vie réelle, elle prend peu à peu conscience de la naïveté d'avant. Les ½illères fondent comme la neige près des machines à gaufre et elle se prend même à avoir faim. Un puzzle raté peut bien patienter quelques instants une remise en forme de son seul et unique athlète. Babillant de temps de mode avec le vendeur, quelques instants plus tôt anonyme à son bougonnement intérieur, elle mord à belles dents dans un nouvel aperçu de ce fourmillement autour d'elle. La bête humaine sans queue ni tête mais qui une fois ré articulée par un peu d'observation forme un tableau sans égal dans la faune parisienne.
Julie a du mal à imaginer, dans son délire, que quelques minutes encore auparavant elle vivait au seuil de sa vie intérieure, elle qui désormais se soûle de vie en fin d'après midi. Derrière elle, témoin de sa remise en forme, maîtresse de la carte postale, la tour de Paris semble même n'être allumée que pour elle. Enrobée dans une nouvelle confiance, elle se laisse saupoudrer des quelques flocons qui commencent à décorer son champ de vision. Là, sous ses yeux, elle se nourrit du spectacle du banc d'à côté. Les paroles sucrées de réconfort qu'une mère livre à son enfant, qui s'est fait mal dans sa chute, estompent les remarques acidulées sur les essais de Julie. Cerise sur le gâteau, le tableau de mère attentionnée se voit traversé par une grande silhouette, papier bariolé, rongé en main, et qui incite Julie à poursuivre sa course.
Là débute la mêlée. L'écharpe serrée contre elle, poursuivant le sourire complice du métro, elle joue des coudes armée de son carnet pour se frayer un passage jusqu'à l'inconnu. Là s'imprègnent en elle la cacophonie du retour de travail, le réveil en stridence des sonneries stridentes, l'exotisme des langues inconnues. Cependant, elle ne s'énerve pas, en toile de fond reste cette présence rassurante qui l'a guidée hors de ses doutes. Un pas de droite, un pas de gauche, c'est la ronde parisienne qui se meut sous le calme de la neige. Un croisement, un papier égaré lui fauche un morceau de vision, et voilà l'obstacle qui réapparaît. Dans son désarroi, elle rencontre le regard amical d'une demoiselle au béret rouge, main dans la main avec son fiancé. D'un sourire, l'amoureuse indique derrière elle la route qu'il reste à faire. Signe ou coïncidence, Julie se jette sur le tapis piétonnier, au bout duquel doit l'attendre son sauveur. A mi chemin entre son passé et le retour à la case rationnelle, elle pose son regard, arrêté sur la majesté de la tour, qui de ses cliquetis l'encourage durant sept minutes, confirmant qu'elle est sur la bonne voie.
De l'autre côté de la route, roulement de tambour, fanfare du soir, pression qui fait son apparition. Timide mais déterminée, elle ébauche un mouvement vers qui l'a regardée traverser son parcours. Patient, le regard complice, il lui décroche un sourire pour l'atteindre en pleine inspiration. Sans broder la situation de paroles inutiles, il l'entraîne plus loin au dessus de la Seine, en dessous des flocons et au c½ur de l'union. Côte à côte, ils observent l'écoulement paisible de l'eau, de la vie, des personnes qui elles ne prennent pas le temps de prêter l'½il à ce qui se passe autour. Pendant combien de temps ils restèrent à s'imbiber de cette fin de journée, sans parler, à partager plus qu'un banal dialogue, seule l'illuminée tour Eiffel pourrait le dévoiler. Quand cessa la danse folle des lumières, il prit de ses mains l'écharpe rouge, l'enroula autour du cou de sa petite protégée, et murmura à sa petite artiste : « Tu me semblais perdue, comme les dessins accumulés dans ta grande chemise, alors j'ai voulu t'offrir un peu de vie, te montrer qu'elle est belle à observer de l'extérieur. Maintenant j'espère que tu n'es plus dans le rouge. »
Aujourd'hui, Julie se presse de rassembler les esquisses qui affluent avec impatience de son carnet de croquis. Le cours est terminé, et elle emporte avec elle les éloges d'un professeur apaisé. Quelques regards plus admiratifs qu'envieux viennent plonger dans son tableau de vie. En toile de fond, un manège illuminé, entraîné par des flocons de papier, aux alentours des enfants qui courent après une écharpe emportée dans une course folle, rouge. A gauche une jeune maman qui berce son enfant pour l'apaiser du bruit alentour. Une vieille dame semble esquisser un sourire de souvenir, et s'arrête pour laisser passer les enfants. En clin d'½il en bas du tableau, une grande silhouette de dos, une rose dans le dos, offre de son regard le dynamisme de l'ensemble. De l'originalité, de la vie, un brin de folie et le mystère du jeune homme, selon le professeur expert un bon potentiel qui a su trouver de bonnes sources.
Sa source, elle s'appelle Akai, jeune asiatique élancé, muse à ses heures, photographe de vie, sauveur de la sienne. Sourire aux lèvres rouges, passion assoiffée, main insomniaque, visites insolites, depuis que le feu est passé au vert la vie s'annonce mouvementée.

# Posté le lundi 24 mars 2008 21:46

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